En fait d'interprétations, le web regorge déjà, une semaine après la sortie du film, de plusieurs théories (ici  ou dans ce blog créé exprès , par exemple) très alléchantes, le camp des "c'est la réalité", le camp des "c'est un rêve", le camp des "c'est de la magie / du cinéma" (qui s'étaient déjà gavé avec Le Prestige du même Christopher Nolan).

Tous ces talentueux analystes sont bien gentils, mais c'est évidemment dans une autre direction qu'il fallait chercher la clé du film.

Christopher Nolan a choisi Marion Cotillard pour incarner Mal, l'épouse défunte de Cobb (DiCaprio). Marion Cotillard a incarné Edith Piaf en 2007 dans La Môme d'Olivier Dahan, rôle pour lequel elle a décroché un Oscar. Marion Cotillard, c'est aussi celle qui, en 2002, donnait la réplique à Guillaume Canet dans Jeux d'Enfants de Yann Samuell, film dans lequel le couple allait jusqu'à se suicider par amour sur un chantier dans une fosse remplie de béton. 

Coïncidence, dans Inception, Cotillard et DiCaprio se suicident aussi ensemble par amour (sur une voie ferrée, dans un monde qu'ils ont construit de toutes pièces). Coïncidence encore, Guillaume Canet jouait en 2000 dans un autre film abracadabrant, La Plageavec... Leonardo DiCaprio, avec qui il est devenu copain comme cochon.

Comme par hasard, Nolan a également choisi Non je ne regrette rien d'Edith Piaf comme chanson qui annonce à l'équipe de Cobb la sortie imminente du rêve. Cette Piaf qui chantait également Mon Manège à moi, encore une histoire de truc qui tourne comme... comme... oui, comme la toupie qui relie Mal à la réalité.

En fait dans ce film, Nolan a une autre "cible" que celles évoquées dans les théories du web ; cette cible, c'est Cotillard.

Cotillard, qui vit dans le milieu du théâtre (donc de l'illusion) depuis sa naissance, a déjà changé de niveau en mourant avec Canet dans Jeux d'enfants. Elle a ensuite entendu (et chanté)(pour de faux) Edith Piaf, dans un monde où le manège (la toupie) n'arrête pas de tourner, avant de se réveiller après Non je ne regrette rien. Elle a cru alors qu'elle était revenue dans la réalité, puisque cette chanson, normalement, précède le réveil. Sauf que Hollywood, c'est pas la réalité, c'est du rêve, c'est même par définition l'usine à rêves. Cotillard est en fait toujours coincée dans un rêve (et elle est d'ailleurs une créature de rêve). Mais elle ne peut pas, elle ne peut plus s'en rendre compte, elle ne fait plus la part du rêve et de la réalité, elle qui ne vit que par et pour la comédie depuis petite. Une notoriété mondiale ? Du rêve ! Un Oscar ? Du rêve ! Des euros et des dollars tout plein ? Du rêve ! Un complot autour du 11 septembre  ? Une égérie de Greenpeace  ? Des internautes débiles qui écrivent sur elle pendant des heures alors que leur blog n'attire plus le moindre lecteur ? Euh, du rêve.

Inception n'est en fait qu'une parabole de ce cauchemar que vit cette pauvre enfant au quotidien. À la fin du film, DiCaprio (l'alter ego de Canet, le partenaire de Cotillard dans leurs jeunes années) fait enfin son deuil de Cotillard, ou plutôt de sa projection fantasmée ; il l'abandonne dans sa prison dorée (Hollywood, donc).

Mais tout ça, pourquoi ? Nolan n'a en fait qu'un seul but : faire une inception de Marion Cotillard. Lui suggérer, par le rêve (enfin, par un film, mais au fond c'est pareil), qu'elle doit se réveiller tout à fait et aller à la rencontre du réel.

Marion, si tu lis ce billet, je voudrais te dire que ça tombe bien, le réel est tout disposé à te rencontrer. Envoie-moi un mail, laisse ton numéro de portable et je te rappelle. PlanDragon, ça va te dépayser de Los Angeles.

Sébi.